C’était un pays lointain et énigmatique. On y arrivait sous un ciel sombre aux nuages pareils à des montagnes qui semblaient vouloir vous écraser, et l’homme qui vous accompagnait se moquait de votre lyrisme. On était venu là pour une espèce de colloque dont on ignorait tout, pourquoi on ne savait pas.
A la gare, on était sur un quai, entre plusieurs trains, ayant oublié le nom exact de la destination, dont juste quelques lettres éparses dans une langue étrangère traversaient l’esprit à la vitesse des wagons et disparaissaient. Puis on montait dans un train, sans savoir si c’était le bon, les voies vous menant à travers des paysages indistincts.
On arrivait finalement, accueilli par un homme affable qui vous conduisait sur un chemin, toujours sans savoir où l’on se trouvait. Partir ensuite éveillé pour une destination connue semblait curieux.
15.7.09
14.7.09
Silence
Il pouvait laisser la plume et le clavier, mais, au bout de quelques temps, son inactivité lui paraissait maintenir dans l’ombre tout ce qui se formait et se défaisait en lui, flux intérieurs et la plupart du temps absents de sa vie consciente qui, sur le papier ou sur l’écran, gagnaient parfois à devenir écriture.
Peut-être aimait-il aussi cet exercice qui consistait à voir en rythmes et en images ce qui vivait en lui, oui, peut-être cette écriture ne devait-elle exister à ses yeux qu’afin de rendre visible et audible ce qu’était son existence et tout ce qui, à chaque instant, lui échappait d’elle.
Peut-être aimait-il aussi cet exercice qui consistait à voir en rythmes et en images ce qui vivait en lui, oui, peut-être cette écriture ne devait-elle exister à ses yeux qu’afin de rendre visible et audible ce qu’était son existence et tout ce qui, à chaque instant, lui échappait d’elle.
9.7.09
Indien
Si j’étais un Indien, si j’étais un Apache, alors je monterais, lunettes noires au nez, sur le cheval à tête de mort, sentant bien vite les éperons s’évanouir à mes pieds, les rênes à mes mains, le paysage tremblant à mes yeux, enfin le mal à mes poumons.
8.7.09
Direct
Il pouvait être disparu depuis plusieurs années désormais, lorsqu’à la radio on parlait de l’arrivée des coureurs cyclistes en direct, lui, en direct aussi, pensait à l’homme assis dans son fauteuil regardant à la télévision l’arrivée de la course comme il faisait chaque jour à cette période de l’année, comme il avait fait pendant des années à la même période et depuis si longtemps. Il suffisait d’appuyer sur le petit bouton veille de sa conscience et l’image apparaissait, tout à fait nette, sur son écran intérieur, en direct.
C’était la même chose lorsque, par miracle – car la plupart de ces modèles avaient disparu de la circulation -, il voyait cette automobile dans la rue, alors lui revenaient à l’esprit ces moments sur la route avec lui au volant, car pendant des années il n’avait pas conduit d’autres véhicules.
Il lui apparaissait alors que certains événements ou éléments du présent étaient directement en prise avec la vie de cet homme, et que jamais, ou sinon avec sa propre mort, ne disparaîtrait cette ligne directe avec l’homme disparu, heureusement, malheureusement, il ne savait.
C’était la même chose lorsque, par miracle – car la plupart de ces modèles avaient disparu de la circulation -, il voyait cette automobile dans la rue, alors lui revenaient à l’esprit ces moments sur la route avec lui au volant, car pendant des années il n’avait pas conduit d’autres véhicules.
Il lui apparaissait alors que certains événements ou éléments du présent étaient directement en prise avec la vie de cet homme, et que jamais, ou sinon avec sa propre mort, ne disparaîtrait cette ligne directe avec l’homme disparu, heureusement, malheureusement, il ne savait.
6.7.09
Haies
Du rocher en surplomb on voyait le champ en contrebas de la maison et du jardin. Du rocher en surplomb sur lequel il se tenait debout, il pouvait contempler, non plus le champ tel qu’il l’avait connu pendant de nombreuses années, champ ouvert et comme à l’abandon, mais le même espace avec des arbres et des haies avant qu’on les ait coupés, non plus ce grand chêne au milieu, impérial, mais de hauts arbres bien feuillus et bien verts, des haies fournies où nichaient des oiseaux, un foisonnement végétal mais organisé qui donnait envie de dire à l’adulte-enfant du rêve qu’il avait devant lui le champ tel qu’il l’avait connu tout au début, avant qu’on ait commencé, suite à on ne savait quel sortilège, à en raser arbres et buissons, à en faire une étendue morne ouverte aux vents, oui, c’était lui, ce rêve de verdure où il aimait plonger son regard et tout son esprit, rêve perdu et qu’il retrouvait l’espace d’un instant dans son sommeil, se tournant vers la femme qui l’abritait alors et lui disant ce qui aussitôt s’effaça de sa mémoire du rêve.
4.7.09
Bibliothèque
L’homme était à la retraite et avait enseigné la philosophie. Il venait à la bibliothèque plusieurs fois par semaine chercher des livres, toujours affable et souriant, apprécié de tout le personnel. Personne n’aurait pensé que c’était cet homme qui, depuis un moment déjà, volait des livres – de sciences humaines pour la plupart - dont nous avions signalé la disparition.
Pour expliquer son geste tant de fois répété – on a retrouvé chez lui (une location saisonnière) plus d’une centaines d’ouvrages volés -, l’homme parla de mauvais placements financiers et de dettes contractées qui l’empêchaient désormais d’acheter les livres dont il avait besoin. Le coût pour la bibliothèque est élevé, puisque la plupart des œuvres volées ne pourront pas être remises dans les rayonnages, leurs pages étant couvertes d’annotations manuscrites.
Mais la question qui nous perturbe en vérité est celle de savoir comment cet homme va désormais faire pour se fournir en livres, lui qui a toujours beaucoup lu et organisait sa vie autour de cette activité. Interdit de bibliothèque, sans le sou, devra-t-il mendier à la sortie de la librairie de la ville, nous faisant honte à tous ?
Pour expliquer son geste tant de fois répété – on a retrouvé chez lui (une location saisonnière) plus d’une centaines d’ouvrages volés -, l’homme parla de mauvais placements financiers et de dettes contractées qui l’empêchaient désormais d’acheter les livres dont il avait besoin. Le coût pour la bibliothèque est élevé, puisque la plupart des œuvres volées ne pourront pas être remises dans les rayonnages, leurs pages étant couvertes d’annotations manuscrites.
Mais la question qui nous perturbe en vérité est celle de savoir comment cet homme va désormais faire pour se fournir en livres, lui qui a toujours beaucoup lu et organisait sa vie autour de cette activité. Interdit de bibliothèque, sans le sou, devra-t-il mendier à la sortie de la librairie de la ville, nous faisant honte à tous ?
3.7.09
Fond
C’étaient certes des sensations, des visions brèves, des pensées parfois anodines. Mais au lieu de les diffuser à droite à gauche au fil de la journée comme il était devenu normal de le faire, lui les conservait et tentait d’en associer quelques-unes, ou bien, se contentant d’une seule, de l’analyser, d’en décomposer les éléments un à un. Cela faisait récit, même très court, même fragmentaire, et contrastait avec cette diffusion incessante de nouvelles qui filait dans la conscience comme une série d’étincelles dans la nuit.
Se pouvait-il alors que ce mince assemblage de mots pût, lui, demeurer quelque part dans le fracas intérieur, agissant en secret, faisant naître ou renforçant chez le lecteur la volonté de saisir quelque chose, même d’énigmatique, afin, non pas de le laisser filer d’une manière ou d’une autre, mais d’y travailler en son fond, là, inconnu ?
Se pouvait-il alors que ce mince assemblage de mots pût, lui, demeurer quelque part dans le fracas intérieur, agissant en secret, faisant naître ou renforçant chez le lecteur la volonté de saisir quelque chose, même d’énigmatique, afin, non pas de le laisser filer d’une manière ou d’une autre, mais d’y travailler en son fond, là, inconnu ?
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